Intervista a Serge Blisko, presidente della Missione interministeriale di contrasto e vigilanza alle derive settarie (MIVILUDES)

28/4/2014

Interview de Serge BLISKO : Président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires).

Médecin de formation, vice-président du groupe d’études sur les sectes à l’Assemblée nationale de 1997 à 2012, Serge Blisko est président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), Président de la Fédération Hospitalière de France pour l’ Ile-de-France et Président du Conseil de surveillance du Centre Hospitalier Sainte-Anne.

Pouvez-vous nous présenter la Miviludes et son action ?

Placée sous l’ autorité directe du Premier ministre, la Miviludes est une mission interministérielle constituée d une équipe permanente pluridisciplinaire composée de conseillers issus des ministères concernés par la politique publique de lutte contre les dérives sectaires – Intérieur, Justice, Santé, Economie et Finances, Education nationale, Affaires étrangères -.Elle est pilotée par un comité exécutif de pilotage opérationnel interministériel, lui-même assisté d’ un conseil d orientation stratégique, structure de dialogue ouverte à la société civile et composée de parlementaires, de représentants de la haute fonction publique, du mouvement associatif, du monde médical ou du secteur économique et social. Au niveau local, la politique de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires est assurée par les préfets de département, qui coordonnent l’ action des services déconcentrés en ce domaine, en réunissant notamment des groupes de travail restreints à dimension  opérationnelle auxquels participe la Miviludes. La Miviludes a trois missions : observer, coordonner, informer. Elle mène une action de veille et d’ analyse du phénomène sectaire à travers ses agissements attentatoires aux droits de l’ homme et autres comportements répréhensibles. Elle coordonne l’ action préventive et répressive des pouvoirs publics à l’ encontre des dérives sectaires et contribue à la formation et l’ information des agents publics. Elle informe le public sur les risques voire les dangers auxquels il est exposé et facilite la mise en uvre d’ actions d’ aide aux victimes de dérives sectaires.

Quelle définition donne la Miviludes d une secte ?

Le mot « secte » n’ est pas défini par le droit français, et si la Miviludes a succédé en 2002 à la MILS (Missions Interministérielle de Lutte contre les Sectes), c’ est bien pour clarifier son champ d action. En passant de « secte » à « dérive sectaire », la France a réaffirmé le principe de laïcité, mais surtout a insisté sur son objet : la dérive sectaire n’ est pas le fait spécifique de certaines minorités religieuses, car non seulement les grandes religions historiquement reconnues n’ en sont pas exemptes, mais surtout parce qu elle excède largement la sphère du religieux. Des comportements à caractère sectaire se retrouvent dans tout type de groupes aux soubassements idéologiques aussi divers que la spiritualité, la philosophie, mais aussi l humanitaire, le développement personnel, le médical ou pseudo médical, l’ éducation, la culture, la formation professionnelle, etc. Le concept de dérive sectaire que nous avons forgé est un concept opératoire, pragmatique, qui puise sa légitimité dans les signalements recueillis et les observations faites par la MIVILUDES : la dérive sectaire se caractérise par la mise en uvre, par groupe organisé ou par un individu isolé, quelle que soit sa nature ou son activité, de pressions ou de techniques ayant pour but de créer, de maintenir ou d exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou physique, la privant d une partie de son libre arbitre, avec des conséquences dommageables pour cette personne, son
entourage ou pour la société. Le seul contenu doctrinal n est pas suffisant pour caractériser un risque de dérive sectaire ; le travail de vigilance et de lutte mené par la Miviludes prend appui sur la concordance de certains critères de dangerosité tels la déstabilisation mentale, le caractère exorbitant des exigences financières, la rupture avec l environnement d origine, l existence d atteintes à l’ intégrité physique, l’ embrigadement des enfants, le discours antisocial, les troubles à l’ ordre public, l’ importance des démêlés judiciaires, l’ éventuel détournement des circuits économiques traditionnels, les tentatives
d’ infiltration des pouvoirs publics.

Que pouvez-vous nous dire de la dérive sectaire, caractérisée par l emprise mentale qui existe dans différents domaines en particulier celui de la santé ?

La santé est devenue une porte d’ entrée des dérives sectaires et un moyen pour de nombreux mouvements d’ attirer de nouveaux adeptes. Rappelons-nous que les adeptes de l’ ordre du temple solaire (OTS), mouvement ayant conduit au suicide de dizaines d adeptes, ont été approchés par le biais de la santé. Dans un contexte de crise économique et sanitaire favorable à l émergence de gourous de tous crins, la santé, l’ alimentation, le bien-être, le développement personnel sont devenus de véritables terrains de chasse pour des centaines de pseudo-thérapeutes. Les médecines douces ont le vent en poupe. Et il existe une forte demande de nos concitoyens. Pour autant il ne s agit pas ici d affirmer que toutes les pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique (PNCAVT) sont dangereuses. Mais force est de constater, et malheureusement les
signalements que reçoit la Miviludes nous le confirment, que de plus en plus de gourous utilisent des promesses de guérison pour asseoir une emprise mentale. Les victimes, recrutées dans la plupart des cas par le bouche-à-oreille, lors de salons sur la santé et les médecines dites holistiques, ou par Internet, portées vers ces nouvelles approches par l’ espoir d’ un mieux-être, vont au contraire s affaiblir de façon insidieuse et se transformer au terme d étapes successives en consciences captives. La première étape consiste à amener le patient au terme de séances souvent extrêmement onéreuses à se remettre en cause. Lors de cette phase de diagnostic, le gourou-thérapeute, prend le temps d écouter avec attention les attentes de sa victime avant de lui révéler l’origine de son mal-être ou de sa maladie. L’ explication est souvent simple voire simpliste énoncée le plus souvent dans un langage pseudo-scientifique : le conjoint, les amis, les parents sont la cause de tous les maux. Certains iront jusqu à affirmer que le mal dont souffre leur patient est dû à un inceste qu’ il a subi dans son enfance, etc. Ces man uvres n ont pour d autre but que d’ isoler l’ adepte et de le couper de son entourage familial. Dans une deuxième étape, le gourou-thérapeute tente de séduire sa victime en la valorisant. Il lui explique qu elle a un gros potentiel, un don, des qualités que lui seul peut détecter. Cette deuxième étape est cruciale dans le processus de sujétion. En développant la confiance avec sa victime, le gourou-thérapeute crée les conditions de sa manipulation. Aveuglée par la perspective d un traitement miracle ou de l’ atteinte d’ une situation de mieux-être, la victime perd tout discernement et rompt progressivement avec les principes et les préceptes qu elle aura acquis tout au long de sa vie antérieure.

L’emprise mentale qui annihile tout libre arbitre peut enfin ‘s exercer. Le patient se retrouve alors en situation de totale soumission. Placé dans une véritable « camisole psychique », il se soumet à des exigences financières toujours plus importantes. Dans certains cas, le pseudo-thérapeute n’ hésitera pas à solliciter des faveurs sexuelles arguant que cela fait partie de la thérapie. D’ autres thérapeutes iront jusqu à encourager leur victime d arrêter tout traitement prescrit par son médecin. C’ est le cas notamment du Dr Ryke Geerd Hamer inventeur du « décodage biologique » également appelé « nouvelle médecine germanique ». Hamer a été condamné en 2004 à trois années de prison par la Cour d appel de Chambéry, pour escroquerie et complicité d’ exercice Illégal de la médecine, suite à la plainte déposée par un homme dont l épouse atteinte d un cancer du sein est décédée du fait de refus de traitements éprouvés. La méthode préconisée par ce médecin allemand exclut tout simplement le recours aux traitements conventionnels pour soigner le cancer. Cette prétendue nouvelle médecine repose sur le postulat selon lequel toute maladie est la résultante d’ un choc psychologique intense et d un conflit intérieur non résolu. Ce type de discours est d une efficacité redoutable dans le processus de manipulation mentale. La Miviludes a reçu le témoignage de nombreux proches de victimes de cette méthode. Pour certains malades les conséquences ont été irrémédiables. La mise en parallèle du processus d emprise mentale dans un contexte sectaire avec
celui à l uvre dans les addictions sans produit pourrait être fécond et ouvrir de nouvelles voies dans la compréhension du phénomène de sujétion. C’ est pourquoi les travaux menés par l’ IFAC visant à rapprocher le tryptique Ecoute-Séduction- Assujettissement qui fonctionne à un moment particulier de vulnérabilité ou de réceptivité dans la vie d’ une personne avec les addictions sans produit nous semblent intéressants à plus d un titre. Ils pourraient ouvrir de nouvelles possibilités de prise en charge adaptée lors de la sortie d’ un mouvement ou du réveil d’ un « adepte » et pourquoi pas, permettre de caractériser les facteurs de risque ou de vulnérabilité et ainsi mieux cibler les messages de prévention.

 

Tratto da: http://www.ifac-addictions.fr/images/Focus/Interview_S_Blisko_Miviludes.pdf

Rispondi

Inserisci i tuoi dati qui sotto o clicca su un'icona per effettuare l'accesso:

Logo di WordPress.com

Stai commentando usando il tuo account WordPress.com. Chiudi sessione /  Modifica )

Google photo

Stai commentando usando il tuo account Google. Chiudi sessione /  Modifica )

Foto Twitter

Stai commentando usando il tuo account Twitter. Chiudi sessione /  Modifica )

Foto di Facebook

Stai commentando usando il tuo account Facebook. Chiudi sessione /  Modifica )

Connessione a %s...