“Charlie Hebdo”: negli Stati Uniti la satira religiosa è tabù

10 Gennaio 2015

 

…Io tengo un corso sul concetto di laicità in Francia. Durante le discussioni quasi tutti gli studenti americani invocano la libertà di religione per opporsi alla legge francese che interdice i segni religiosi o il velo, anche se si invoca la discriminazione sessista o la sicurezza pubblica…”

(Robert Speel, professore di Scienze Politiche )

“Charlie Hebdo” : aux Etats-Unis, la satire religieuse est taboue

Charlie saute sur les sectes

Si Charlie Hebdo avait voulu ces 20 dernières années être publié « sur un quelconque campus universitaire américain, il n’aurait pas duré 30 secondes », assure David Brooks, dans un éditorial du New York Times intitulé « Je ne suis pas Charlie Hebdo ». « Les étudiants l’auraient accusé de tenir des discours haineux et l’administration l’aurait fait fermer », ajoute-t-il. De fait, « rien n’existe sur le marché américain qui ressemble à Charlie Hebdo », indique l’éditorialiste Tony Norman qui expliquait à ses lecteurs du Pittsburgh Post-Gazette combien les Américains sont « trop attentifs à ne pas offenser les sensibilités religieuses pour même essayer ».

Le pays, de Benjamin Franklin à Mark Twain, Lenny Bruce jusqu’aux farceurs de l’émission Saturday Night Live, a une longue tradition de satire mais la presse peinait à caractériser Charlie Hebdo, sans équivalent américain. Elle recourait à quelques approximations : un peu des magazines satiriques Mad ou The Onion, des défunts Spy et National Lampoon, mais tous ciblant la satire sociale, moins souvent politique et pas du tout religieuse. A la télévision, ce qui se rapprocherait le plus de la satire religieuse se concentre dans South Park, un dessin animé irrévérencieux sur Comedy Central et les envolées athées de Bill Maher, célèbre polémiste sur HBO.

Photo: Twitter

Pourtant, paradoxalement, depuis 1791, le Premier Amendement de la Constitution américaine assure à qui le veut, le droit de dire ce qu’il veut. Le discours haineux est même protégé par cet amendement, les Américains estimant qu’il vaut mieux expliquer qu’interdire. La Cour Suprême a enfoncé le clou en 1988, en confirmant à Larry Flynt, sulfureux fondateur du magazine pornographique Hustler, le droit d’évoquer un pasteur et sa mère en position scabreuse. « Cela vient sans doute d’un mélange d’autocensure, d’histoire et de soutien à la religion dans la société américaine », déclare Robert Speel, professeur de sciences politiques à l’université Penn State Erie.

La « critique de croyances et pratiques religieuses spécifiques y est taboue, en partie pour des raisons historiques, poursuit-il. Les colonies ont été fondées par des dissidents religieux venus d’Europe, puis des immigrés sont venus avec de multiples religions et de nouvelles églises chrétiennes ont été fondées ici. Je fais un cours sur le concept de laïcité en France. Pendant les discussions, quasiment tous les étudiants américains invoquent la liberté de religion pour s’opposer aux lois françaises interdisant les signes religieux ou le voile, même si on invoque la discrimination sexiste ou la sécurité publique ».

De fait, tout en couvrant largement l’attentat de Paris, de grands organes de presse comme le New York Times, le Washington Post ou CNN se sont refusés à publier les dessins controversés, pour ne pas offenser les lecteurs musulmans. Charlie Hebdo, « c’était tout petit, une bande de copains qui se connaissaient depuis des années et pensaient pareil », ajoute Arthur Goldhammer, qui enseigne au centre d’études européennes d’Harvard.

 

« Ici, un article ou un dessin d’un magazine national doit être approuvé par plusieurs rédacteurs en chef. Toute provocation aurait toutes les chances d’être mise à l’index parce que revue par des gens aux opinions différentes », explique-t-il. Sans vouloir parler de « politiquement correct », il y a des « tabous sociaux et culturels », estime M. Speel, comme de ne pas offenser les religions, et aussi contre le sexe trop explicite et les gros mots. « Il y a une phrase qui explique bien l’attitude américaine » sur les grossièretés, ajoute-t-il, celle d’un personnage du dessin animé des Simpsons qui ne cesse de répéter : « S’il vous plaît, pensez aux enfants ».

FONTE: FAIT-RELIGIEUX

http://www.fait-religieux.com/monde/etats-unis/2015/01/10/charlie-hebdo-aux-etats-unis-la-satire-religieuse-est-taboue

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