La drammatica testimonianza della giovane indotta da un sedicente “umano-terapeuta” recentemente condannato, a credere di essere stata violentata. Dodici anni di falsi ricordi, manipolazioni e abusi

21 Febbraio 2015

Faux viol, 3h de repos, 1200 francs la séance : un gourou m’a manipulée pendant 12 ans

Par 
Avocate

LE PLUS. Convaincre une personne qu’elle a commis un crime alors qu’elle est totalement innocente ? Cela s’appelle induire des “faux souvenirs” et c’est possible, comme l’explique une récente étude. Sophie B. en a subi les frais : un gourou, qui vient d’être condamné par la justice, lui a fait croire les pires atrocités pendant 12 ans. Elle raconte.

Édité par Rozenn Le Carboulec  Auteur parrainé par Louise Pothier

 

Sophie B. a été victime d’un gourou pendant 12 ans (Flickr/Brooke Hoyer/CC)

J’ai été sous l’emprise d’un gourou qui a créé chez moi des “faux souvenirs” pendant 12 ans. Lui s’autoproclamait “humanothérapeute”, mais j’ai découvert bien plus tard que ce suivi n’avait rien d’humain, ni de thérapeutique.
M. B. faisait partie de ma famille par alliance, c’est comme ça que je l’ai rencontré. Dans le cadre des repas en famille, il expliquait ce qu’il faisait avec ses “patients”. Il racontait notamment que l’une d’elles avait revécu le jour où sa mère avait essayé d’avorter d’elle, sans y parvenir, c’était assez marquant.

 

Des séances à 1200 francs de l’heure

 

À cette époque, j’habitais en province, puis je suis venue faire mes études à Paris, où il habitait. Je n’étais pas bien. J’étais seule dans cette ville, ma mère venait de mourir.

 

Un jour, j’ai téléphoné à M. B. car j’étais en psychologie et je ne savais pas trop vers quelle option m’orienter, je voulais ses conseils. J’ai laissé un message sur son répondeur et, comme par hasard, sa femme m’a rappelée dans la foulée. Le soir-même, je suis allée chez lui.
Mais cette première discussion n’avait rien d’un rendez-vous familial. Il m’a demandé de m’installer en face à face, puis m’a proposé de m’aider en faisant l’une de ses “sessions”, comme il les appelait. Il y avait bien sûr “une longue liste d’attente” et je devais y mettre le prix : à l’époque, c’était 1200 francs de l’heure, 6 heures par jour environ, tous les jours, et ce pendant trois semaines d’affilée.
J’ai forcément été très réticente au début. Il m’a dit “la vie n’a pas de prix, tu veux être heureuse ou pas ?”. Au fur et à mesure, il a réussi à me convaincre.

 

J’ai dû emprunter beaucoup d’argent

 

En tant qu’étudiante, je n’avais bien sûr pas d’argent, alors j’ai dû emprunter. M. B. m’a dit de demander de l’argent autour de moi :

 

“Si les gens t’aiment, ils t’aideront et te feront confiance.”
Tous mes proches ont refusé. L’emprunt le plus important est venu d’une des belles-sœurs de M. B. et de mon père. Ce dernier était effaré, mais il était coincé : sa belle-sœur était la femme de M. B.

 

J’ai réussi à obtenir 110.000 francs comme ça, le reste est venu d’emprunts à gauche à droite.

 

Il m’a demandé de m’allonger nue sur le divan

 

En attendant d’avoir une place pour une “session”, il m’a reçu plusieurs fois gratuitement en rendez-vous pour essayer de déblayer un peu mon passé, disait-il, et pour soi-disant me soutenir en attendant que j’ai l’argent. Il s’est écoulé plusieurs mois avant la première vraie “consultation”. Je l’ai rencontré en septembre 1992 et ma session a commencé en mai 1993.
Dès le début de la session, il m’a demandé de m’allonger nue sur le divan. Je venais de trimer pendant plusieurs mois pour avoir de l’argent, j’étais déprimée, et j’avais enfin obtenu miraculeusement une place dans une session : je ne pouvais pas refuser.
Pour justifier cette demande, il m’expliquait que ce n’était pas lui qui l’avait inventée, mais que cela venait d’une patiente qui voulait revivre sa naissance et était gênée par ses vêtements. Il insistait sur le fait que cela compliquerait énormément le travail si je ne le faisais pas, tout en me disant que j’étais “libre”.

 

C’était à 7h30 du matin, dans une pièce sombre avec les volets fermés, j’étais prise au piège.

 

Je ne devais dormir que 3-4 heures par nuit
Je passais toute la matinée sur le divan à parler et pratiquer la respiration abdominale, si bien que je subissais une hyper-oxygénation du cerveau, comme si j’étais en état d’ébriété. Entre les séances, je ne devais pas parler avec des personnes à l’extérieur pour ne pas perturber la session, ni ouvrir mon courrier. Et j’avais pour consigne de manger et dormir au minimum.

 

Je ne dormais que 3 ou 4 heures, selon ses instructions, entre 18 heures et minuit.
Au bout de quelques jours, vous ne savez plus où vous êtes et perdez tout discernement.

 

Il a induit chez moi de premiers “faux souvenirs”

 

Il a commencé à induire chez moi de premiers faux souvenirs, en me faisant croire que j’avais manqué d’amour de la part de mes parents, et que c’était ce qui me faisait souffrir aujourd’hui. Il se servait à chaque fois de petits exemples que je donnais pour me monter contre mes parents :

 

“Ton père, combien de temps t’a-t-il fait attendre pour financer ta session alors que tu souffrais tellement ?”
Bizarrement, tous ses patients se retrouvaient avec la même histoire : on avait tous manqué d’amour, et failli être avortés avec une aiguille à tricoter.

 

Les premiers contacts physiques et sexuels

 

Puis dès la fin de la première “thérapie” ont commencé les premiers contacts physiques. Sous prétexte de me faire revivre les événements, il m’a fait téter ses seins, alors que j’ai découvert par la suite que je n’avais jamais été allaitée par ma mère.
Après la session, il m’a fait revenir pour une séance et en a profité pour me masturber, puis il m’a fait faire une fellation en me disant que ça me ferait du bien, que c’était pour que je ressente enfin du plaisir. Et c’est allé jusqu’à une relation sexuelle. Quand vous êtes sous emprise, vous le faites.

 

C’était devenu mon dieu, je n’avais plus rien d’autre que lui, sa femme et ses autres patients dans ma vie. Il avait fait en sorte qu’on fasse le vide autour de nous. À la fin, on avait tous déménagé à 300 mètres maximum de leur domicile.

 

Une vie coupés du monde, en autarcie
J’ai suivi trois sessions de trois semaines en tout, cinq semaines pour la dernière : en 1993, 1996 et 2004. Mais entre chaque session, le lien n’a jamais été rompu, bien au contraire. M. B. nous demandait d’écrire des comptes-rendus sur notre vie pour qu’il puisse nous aider, disait-il. C’était au début gratuit, puis c’est devenu payant, à 50 euros la page recto-verso. Lui et sa femme nous téléphonaient tout le temps et l’on se voyait pour des débriefings le soir, le week-end, ou pour aller à la messe, sous couvert de religion.
Bien sûr, on ne pouvait pas en parler à l’extérieur : “Les autres ne peuvent pas comprendre”. Et l’on se surveillait les uns les autres. On devait avoir une confiance totale en eux, ne jamais rien remettre en cause, ne poser aucune question qui émettait des doutes sur la “thérapie” où la vie que l’on vivait en autarcie.

 

Si cela arrivait, ils nous sermonnaient fortement, et nous mettaient immédiatement à l’écart, coupant toute relation avec eux et le groupe : on se retrouvait alors totalement isolé, rejeté… Jusqu’à ce que, après un compte-rendu dans lequel on se culpabilisait d’avoir “douté”, on soit de nouveau admis dans le cercle des “privilégiés”…

 

J’en ai eu pour 238.000 euros en 12 ans
En sortant de session en 1993, j’ai écrit à mon père pour le culpabiliser sur plein de trucs totalement faux. On ne se voyait plus, sur les conseils de M. B. :

 

“Il ne va pas comprendre que tu as changé, il faut un peu de temps.”

 

Lui et sa femme ont recréé une nouvelle famille : ils nous emmenaient en vacances, nous invitaient au restaurant, au théâtre. Comment aurais-je pu me plaindre ?
Il m’a poussée à devenir avocate, parce que c’était mieux payé. Toutes mes rémunérations y sont passées. J’en ai eu en tout pour 238.000 euros en douze ans. Pour la dernière session, il m’a refait faire un emprunt auprès de sa belle-sœur (300.000 francs) : elle empruntait à la banque, et moi je la remboursais.

 

Il m’a persuadée que mon père m’avait violée
Il m’avait également envoyée chez un autre charlatan au Canada – il m’a payé le voyage et la thérapie –, où M. B., pilotant la prétendue “thérapie” (fax, appels téléphoniques quotidiens, etc.), m’a persuadée que mon père m’avait violée.
Il m’a promis qu’on plongerait là-dedans à mon retour et c’est ce qu’on a fait. Les faux souvenirs étaient un moyen pour lui de me mettre sous sa coupe.
Si j’émettais un doute, il rétorquait :

 

“Ah tu ne me fais plus confiance ? Je ne peux plus rien faire pour toi alors…”

 

Mais si je le perdais lui, je perdais tout, je n’avais plus aucun discernement, plus aucun contact avec le monde extérieur. Il était devenu mon dieu.

 

J’ai bien essayé, pendant 15 jours, de ne plus avoir aucun contact avec lui, mais sa femme m’a rappelée et a réussi à me faire revenir.

 

Je m’en suis sortie grâce à mon mari 
C’est seulement quand j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari et le père de mes enfants que les choses ont commencé à changer. Il a commencé à parler à mes proches et a tout de suite senti que ce n’était pas normal. Il était à deux doigts de me quitter, mais au lieu de m’attaquer frontalement – ce qui aurait fait que je me serais encore plus braquée –, il a réussi à poser les bonnes questions subtilement et m’a amenée à remettre en cause le tarif tout d’abord. À la fin, c’était 320 euros de l’heure !
J’ai petit à petit réussi à prendre mes distances, mais il m’a fallu cinq mois pour m’en sortir.

 

J’ai déposé plainte en 2007. M. B. a été condamné en première instance par le tribunal correctionnel de Paris à 50.000 euros d’amende, 100.000 euros de dommages et intérêts, et à un an d’emprisonnement avec sursis. Ils ont fait appel, bien sûr… La Cour d’appel vient de confirmer en partie les condamnations, et a même condamné sa femme, le procureur ayant énoncé qu’elle était un rouage essentiel du système, intéressée à tout, et en particulier à l’argent.

 

Plusieurs ficelles m’ont maintenue sous son emprise
En conclusion, j’ai aujourd’hui pris consciences des ficelles qu’avait utilisé ce gourou pour me maintenir sous sa coupe.
Tout d’abord, la mobilisation à 100% du “patient” le maintient coupé du monde extérieur… – “Seul le cercle de M. B. est bon, tout le reste est mauvais, ou forcément moins bon”.
L’exigence de transparence absolue entraîne une perte de l’intimité et une dépendance totale. La rédaction notamment de compte-rendus est “vitale” pour rester dans le groupe…
L’exigence de nudité est un préalable à l’obtention de relations sexuelles, qualifiées par M. B. de “thérapeutiques”…

 

Les exigences financières sont extravagantes, avec endettement énorme.

 

Tous ces éléments – totalement inconcevables –, alors qu’on est sous influence et en “conditionnement très rigoureux”, conduisent au secret absolu.

 

Pendant la période d’emprise, révéler ce système s’avère impossible, car on en fait partie intégrante. Il y a altération de la conscience, avec dépendance absolue et mouvements régressifs. Les interactions avec les autres “patients” construisent un “huis-clos” insensé.

 

Aucun espace n’apparaît longtemps possible, pour repérer les atteintes permanentes aux libertés, et permettre d’émerger vers d’autres possibilités, de refus, puis de rupture. Après la sortie du groupe, quand elle peut advenir, c’est une étape difficile à aménager. Elle demande de dépasser la crainte et l’angoisse “d’être déconsidéré”, et de surmonter le “vide” de la rupture des liens pathologiques qui s’étaient structurés.

 

Le principal est de réussir un jour à en sortir…

 

FONTE: L’OBS  Le Plus

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1326095-faux-viol-3h-de-repos-1200-francs-la-seance-un-gourou-m-a-manipulee-pendant-12-ans.html

 

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